Hemisphere, une entreprise américaine du Delaware vient d’obtenir d’un tribunal de Hong-Kong le droit de se saisir des fonds que les entreprises chinoises doivent à la Gecamines au titre de « pas-de-porte » soit une somme de 350 millions de dollars Us que le gouvernement congolais a déjà comptabilisés dans son budget 2010.
Comment cette entreprise américaine s’est-elle organisée pour s’emparer de l’argent de la Gecamines qui n’a jamais été en affaire avec elle, qui n’a pas sa dette ? En effet, en tant que « fonds vautour », cette entreprise américaine a racheté une dette de la Snel auprès d’une entreprise serbe.
La dette contractée auprès de la firme serbe Energoinvest date des années 1980 pendant qu’on parlait encore de la Yougoslavie. Elle était au départ de 37 millions Usd. La firme serbe avait vendu la dette à la firme américaine en 2004.
Aujourd’hui, la firme américaine, FG Hemisphere, en vrai « fonds vautours », réclament auprès de la Rdc une rondelette somme de 100 millions Usd, intérêts et autres amendes inclus. L’information a été rendue publique par le confrère « Financial Times » publiée le mardi 2 mars dernier.
Et pourtant, selon la même source, FG Hemisphere avait racheté cette dette au plus bas de sa valeur nominative. En termes clairs, cette firme avait racheté moins que les 37 millions Usd que la Snel devait à la firme serbe. Une fois FG Hemisphere avait son butin, il est allé saisir la Cour d’Appel de la région administrative de Hong-Kong.
Cette Cour, par une majorité de deux juges sur trois, s’est déclarée le 10 février dernier compétente pour trancher cette affaire. La Cour a aussitôt donné à la firme américaine le droit de saisir le « pas-de-porte » que l’entreprise chinoise, China Railway, doit à la Gecamines dans le cadre de ce qu’on appelle « contrats-chinois ».
Il nous revient que le « pas-de porte que l’entreprise chinoise doit à la Gecamines s’élèverait à 350 millions. L’on se souviendra que cette firme américaine n’est pas à son premier coup contre la Rdc à travers la Snel. L’affaire de 105 millions Usd de la Snel saisis dans un compte en Afrique du Sud était l’œuvre de la même FG Hemisphere qui, cette fois-là, avait racheté plusieurs dettes de la Snel.
Au début de l’année dernière, la firme américaine avait saisi un tribunal sud-africain qui avait décidé la saisie des recettes de la Snel relatives à l’importation du courant, soit 105 millions de dollars Us.
Le verdict du tribunal sud-africain était l’aboutissement d’une procédure qui, selon nos sources, avait commencé devant un tribunal américain du district de Columbia (Washington). La Rdc avait été condamnée par défaut en 2007. Car, pendant 13 mois, la Snel n’avait osé envoyer des avocats pour plaider cette cause.
Pour le commun des Congolais, les « fonds vautours » représentent une nouvelle et triste réalité. Une nouvelle façon d’exploiter les sociétés africaines en les privant de leurs ressources par une justice aussi cynique que néocolonialiste.
Par « fonds vautours », on entend ces entreprises du monde occidental, essentiellement anglo-saxon, qui rachètent moins chères les créances des pays pauvres auprès des entreprises des pays puissants et de saisir la justice de ces pays afin de se faire payer au quintuple de la valeur nominative de la dette.
On ne peut s’imaginer les « fonds vautours » racheter les créances d’une entreprise libyenne en vue d’obtenir la condamnation et la saisie des avoirs de ce pays. Ils n’oseront pas le faire sachant que ce pays appliquera la politique de coup pour coup. Il est aussi inimaginable que « les fonds vautours » s’intéressent au fameux contentieux belgo-congolais afin de saisir la justice et se faire payer.
En bref, les « fonds vautours » est un instrument contre les pays en difficultés et qui, sur base de sacrifices, font effort et pour tenir leurs engagements comme pays respectueux des règles de jeu de la civilisation et comme Etats à la recherche du bien-être de leurs populations. Comme la traite des noirs, la colonisation, l’apartheid, le néocolonialisme, « les fonds vautours » est une forme d’oppression qui n’est possible que dans les pays du Tiers-Monde.
En fait, c’est une façon de prendre par la main gauche ce que les entreprises occidentales paient de la main droite aux entreprises africaines.
En espérant une issue heureuse de cette affaire, afin d’éviter que les « pas-de-portes » que diverses entreprises étrangères doivent payer à la Rdc ne soient récupérés par des « fonds vautours », le gouvernement congolais est appelé à répertorier toutes les dettes de ses entreprises publiques auprès des tiers, les localiser afin de connaître les banques à risque dans lesquels les partenaires seront tenus à ne pas verser de l’argent qu’ils doivent à la Rdc.
Car, une collaboration entre ceux qui doivent payer et les « fonds vautours » n’est pas à écarter.
Pour revenir à la saisie de l’argent de la Gecamines, l’opinion a besoin de savoir si le procès avait eu lieu. Dans le cas contraire, le tribunal de Hong-Kong est-il autorisé à condamner après n’avoir écouté qu’un seul son de cloche ?
Voilà qui doit préoccuper la Gecamines et donc le gouvernement congolais.